UN PEU D'HISTOIRE

Le 2 janvier 1812, Napoléon 1er  visite l'usine de Benjamin DELESSERT, dégrafe sa propre légion d'honneur et l'épingle sur le veston de l'industriel. Nous avions nos Bill Gates à l'époque !
Benjamin DELESSERT voit ainsi son procédé de transformation de la betterave sucrière récompensé, grâce à un chimiste allemand et par sa propre ténacité, pendant près de dix ans. Mais il était temps, car l'amiral Nelson et, depuis sa mort, ses successeurs, coupaient la France de ses productions de canne à sucre d'outre mer. Benjamin, jeune étudiant issu d'un milieu très favorisé, malgré la difficulté des temps durant l'époque de la Révolution Française, avait été envoyé par son père, un riche soyeux lyonnais, parfaire sa formation justement chez les Anglais. C'est le pays d'Adam SMITH, en avance sur les procédés industriels, possédant, on l'a vu, une marine … royale et efficace, riche d'un empire colonial, mais exploitant de la même manière et sans scrupule aussi bien ses colonies que son petit peuple laborieux.
Lorsqu'il mourra en France, en 1847, Benjamin DELESSERT fortuné, gratifié de mille titres dont celui de membre de l'Académie des Sciences, de député, d'économiste progressiste et avant-gardiste, laissa le souvenir d'un véritable philanthrope. Mais il nous légua aussi une œuvre encore bien présente aujourd'hui. C'est l'institution, en 1818, des CAISSES D'EPARGNE dont François de LA ROCHEFOUCAULD LIANCOURT fut le premier Président. L'on croit savoir qu'ils moururent l'un et l'autre sans bonus ni " plan de retraite chapeau "!

C'est à Angers en 1878 que l'abbé Ludovic de BESSE créa la première BANQUE POPULAIRE de France, création suivie d'échecs, de faillites, mais imitée par Charles RAYNERI sur la Côte d'Azur en 1883. Ce modèle plus "coopératif" de style prussien coexistait donc, et même concurrençait déjà sur notre territoire le modèle mutualiste d'origine anglaise que nous avons évoqué.  Ces origines sont remarquablement retracées dans leurs développements ultérieurs sur le site internet officiel des BANQUES POPULAIRES, par une animation d'excellente qualité qui reprend d'ailleurs la thématique qui suit. C'est pour accéder au crédit que les petites industries se sont forgées un outil de financement coopératif, exclues qu'elles étaient par l'organisation en place du système bancaire de l'époque. Deux lois fondatrices pendant la Première Guerre Mondiale et sous le Front Populaire organisèrent les BANQUES POPULAIRES. Tout en conservant leurs principes fondateurs, d'ailleurs repris dans les statuts, ces dernières participèrent en 1998 à une opération banale, mais néanmoins extraordinaire pour une banque dotée de ce statut. C'était d'ailleurs une première : elle remportèrent l'OPA amicale qu'elles avaient lancée sur la Société Anonyme NATEXIS. Une coopérative rachetait une SA. Le mur de Berlin est donc également tombé à cette occasion entre les systèmes d'économie  capitaliste et d'inspiration sociale!

Pour ce qui est du CREDIT AGRICOLE, sa création remonte également à largement plus d'un siècle. Une première caisse locale fut créé en 1885. Des agriculteurs ne trouvant pas le moyen pour se financer auprès du système bancaire traditionnel créèrent des caisses locales, puis régionales. Il s'établit alors une forte solidarité, dans la tradition de l'entraide rurale. On peut dire que le CREDIT AGRICOLE fut très largement le banquier de l'agriculture française avant de s'associer au CREDIT LYONNAIS. Malheureusement, ce groupe n'a plus sa place dans ce manifeste appelant à la démutualisation, car il est hélas trop tard ! Il est désormais improbable que les sociétaires aient un jour l'opportunité d'influencer le destin de ce groupe devenu hybride. La plus grande banque française est ainsi de facto hors du périmètre du monde associatif … Mais les clients de la composante mutualiste pourront toujours continuer à voter lors des assemblées locales, et les dirigeants des SA siéger dans des conseils d'administration parisiens sous les ors de la République.
En tous cas, nous sommes nombreux à en appeler à la conscience collective des princes qui nous gouvernent, parmi lesquels les contribuables qui ont déjà épongé une lourde dette cantonnée dans le gigantesque fonds de défaisance  du CREDIT LYONNAIS:

En tous cas, n'engageons surtout pas une fusion des BANQUES POPULAIRES avec les CAISSES D'EPARGNE. Cette nouvelle concentration irréversible n'est sûrement pas le bon moyen de résoudre les conséquences en France de la crise des subprimes importée d'outre atlantique.

Le CREDIT MUTUEL revendique pour origine celle d'un philanthrope, Fréderic Guillaume RAIFFEISEN, né l'année où furent créées nos caisses d'épargne populaires françaises. Autre pays, la Prusse, autres mœurs, mais le même élan social et désintéressé animait ce précurseur. Aujourd'hui, ce nom est celui d'un important groupe bancaire suisse.
Modeste employé journalier dans le monde agricole, RAIFFEISEN accède à la fonction publique à Coblence à l'époque, 1845, où le monde rural souffrait énormément. Son engagement chrétien ne s'accommodait nullement des disettes subies par les paysans en cette noire période. Fonctionnaire, il créa une association dans le but d'éviter la ruine des exploitants agricoles, incapables de financer leur " outil de production ", c'est-à-dire leur bétail. Cette première caisse de financement du monde rural s'organisa très tôt sur les principes que l'on retrouvera plus tard au CREDIT MUTUEL, en France. Des unités locales très délimitées au plan géographique, sont garanties par une réserve de sécurité prudentielle les chapotant. Les emprunteurs deviennent également les membres de ces associations, ils engagent leur responsabilité et participent à la gestion, contrôlée par les notables locaux. Le caractère social, le bénévolat, les principes associatifs respectés en ce qui concerne l'absence du droit de propriété sur les réserves justifient ce caractère de coopérative qui se retrouve d'ailleurs dans d'autres systèmes non financiers.

Un troisième niveau existe aujourd'hui pour le CREDIT MUTUEL, fédérant les fédérations. Cette confédération, par son contrôle sur les caisses, leur donne une légitimité pour pratiquer des opérations bancaires. Mais elle entretient une opacité telle que les sociétaires, les pouvoirs publics et les concurrents ignorent presque tout des rouages qui se sont tissés depuis la Libération. On a pu le constater lors du rachat du CIC, le patron de ce dernier ayant admis s'être très longtemps mépris sur la qualité juridique de son acquéreur.

En tous cas, un sociétaire du CREDIT MUTUEL aura beaucoup de difficultés à constater quelconque différence entre sa situation et celle du client de la SOCIETE GENERALE, société anonyme à but lucratif. On retrouve une logique identique propre au développement des grands groupes de tous les secteurs d'activité. C'est la course à la croissance externe, par achats et fusions,  la vente en masse de produits non réclamés par les consommateurs mais distribués par mailing, la vente parfois forcée et en tous cas groupée de produits d'assurance pour amortir les bureaux et le salaire des employés (un crédit une assurance obligatoire). Un autre phénomène est apparu, nullement propre au CREDIT MUTUEL : plus personne au guichet pour de simples opérations de monétique ou de manipulations de billets, car les conseillers ont d'autres chats à gérer : il y a des robots et caisses automatiques pour les clients de sept à quatre vingt dix sept ans !



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