Annexe 5

COURRIEL ADRESSE LE 9 DECEMBRE A MR JEAN-CLAUDE THEBAULT Chef de cabinet adjoint de Monsieur BARROSO, Président de la Commission Européenne.



Monsieur le Chef de Cabinet,


Je fais suite à mon courrier du 2 décembre et mon appel ce jour.
On pourrait largement disserter sur les mouvements mutualiste et coopératif, mais en aucun cas nier leur importance et leur réussite, dans de très nombreux pays dont la France.

Ces développements  alternatifs en marge de l'économie capitaliste sont nés fin XIX ème et première moitié du XX ème siecle, dans des temps d'affrontements politiques d'un autre âge.
Certaines mutuelles sont restées plus fidèles à certains principes fondamentaux sur lesquels elles s'étaient appuyées, à l'origine. Mêmes de telles réussites, comme MAIF et FILIA MAIF, n'échappent pourtant pas à l'économie de marché, comme l'ont montré certaines filiales: la CAMIF par exemple, a été aussi dure vis à vis de ses employés et clients que des entreprises résolument capitalistiques.


Mon projet n'est pas antimutualiste, et il pourrait même s'accompagner d'une incitation à créer de nouvelles mutuelles en Europe. La justification légale servant de base à une démutualisation repose sur un referendum ouvert aux sociétaires. Tous les mouvements mutualistes/coopératifs internationaux ont un point commun : ils font reconnaître à leurs membres, des petites ou grandes entreprises, la qualité de propriétaire-décisionnaire aux sociétaires de base. Des votes, trop souvent par des suffrages très indirects, sont organisés pour respecter ces contraintes : ce sont trop souvent des cooptations déguisées. Et quel est le constat aujourd'hui sur un groupe tel que celui pour lequel je prône de proposer la démutualisation?

Le constat se lit dans la presse d'hier: les Echos du 8 décembre indiquent, au moment où l'Etat français va favoriser huit groupes bancaires hexagonaux, que l'un d'entre eux, après avoir indiqué en début septembre qu'il n'était pas directement impliqué dans la faillite de LHEMANN BROTHERS, provisionne un demi milliard d'Euros dans ses comptes de 2008 .... C'est le groupe CM-CIC, d'ailleurs après des pertes supérieures du CIC en 2004 et 2005 sur les produits structurés. Vus sous cet angle, y a-t-il une différence entre la Société Générale (SA traditionnelle à capitaux datant du XIXè siècle) et le Crédit Mutuel avec ses filiales constituées en SA. Et pour les clients de l'une ou de l'autre, y a-t-il quelconque différence? 

L'Europe a donné son aval à la partie de la relance qui commence par la consolidation de l'offre de crédit en favorisant huit groupes dont Crédit Mutuel. C'est parfait, mais nous constatons déjà:

  • la vanité de cette action si elle n'est pas accompagnée de mesures de redistribution pour le consommateur,
  • l'effet d'appauvrissement à faire crédit à des consommateurs subissant une baisse de pouvoir d'achat parfois dramatique (chômage),
  • le reniement qui en résulte sur les engagements d'équilibre budgétaire.

Dans ces conditions, ma proposition de distribuer vingt sept milliards à sept millions de sociétaires modestes, sans les prélever sur aucun budget collectif, c'est à dire la démutualisation du Crédit Mutuel, ne peut en aucun cas résister aux argumentations habituelles des dirigeants "militants"! D'ailleurs, ils n'en sont nullement propriétaires de leur entreprise, malgré les apparences. Mieux, les conditions économiques du moment obligent les décisionnaires d'aujourd'hui à tirer les conséquences de l'évolution tendant à mélanger, à l'initiative des groupes coopératifs, leur sphère traditionnelle à l'économie de marché.

Je serais vous reconnaissant de soutenir mon "idée fixe" auprès du Président BARROSO.


Croyez, Monsieur THEBAULT, en l'expression de mes sentiments respectueux.


Bernard VIBOUD



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